LES TEMPLIERS, CHEVALIERS DE L'ORDRE DU TEMPLE, UN ORDRE RICHE ET ORGANISE


Dès sa fondation, l'ordre du Temple a bénéficié de nombreuses donations : il y eut d'abord celles des nobles qui, ayant revêtu le blanc manteau et fait vœu de pauvreté, lui apportent tout ou une grande partie de leurs biens. Puis ce sont les princes et les rois qui lui offrent des fiefs ou d'importantes sommes d'argent en récompense de ses services.
Ainsi, régulièrement les Templiers se voyaient octroyer d'imposantes richesses comme des châteaux, des trésors, des villes et même des royaumes entiers. Tous les plus grands nobles, allant jusqu'aux rois d'Angleterre et de France, ont donné aux Templiers.
Les Templiers savent très bien gérer leurs richesses et les administrateurs de l'ordre ont fait fructifier les biens et le patrimoine de l'Ordre.
En effet, on peut prétendre que les Templiers ont inventé les prémisses du métier de banquier et ont créé, en plein Moyen Âge, un système bancaire perfectionné où il était possible de réaliser la plupart des opérations modernes: ouverture de compte, avances, cautions, consignations, transfert international de fonds …
Leurs principaux clients sont de riches marchands qui commercent avec l'Asie. Puis, ceux que l'on appelle les "pauvres chevaliers du Christ" se voient confiés par les rois de France et d'Angleterre, la garde et l'administration du Trésor Public, par les papes la gestion du denier de Saint-Pierre et également celle des fonds destinés à financer les croisades.
On estime que les revenus annuels moyens des Templiers s'élevaient au XIIIe siècle à 112 millions de livres, c'est-à-dire à peu près 15 milliards d'euros actuels.
Les territoires où s’exercent les activités du Temple sont divisés en Provinces. En 1294, on en comptait 22 (5 en France, 4 en Espagne, 3 en Italie, 2 en Allemagne, 1 en Angleterre, 1 en Hongrie, 6 en Orient).
Les Templiers formaient une armée permanente de quelques milliers d’hommes encadrée par 500 chevaliers et 1000 sergents.
L’ensemble obéissait au Maître et à son état-major.

HIERARCHIE

Leur devise ( verset du Psaume 113) est : « Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da glorian » (Non pour nous, seigneur, non pour nous, mais à ton nom seul donne la Gloire !)

L'Ordre du Temple comporte 7 classes principales :

Un Maître (réélu tous les 8 ans), élu par tous les chevaliers, exerce l'autorité suprême sur l’Ordre, mais il doit consulter le Chapitre (constitué des Primus des commanderies) de l'Ordre pour les décisions importantes.
Porte un complet blanc liseré d’or avec une croix templière dorée sur le col.

Les Commandeurs (réélus tous les 5 ans), qui portent un complet blanc liseré d’argent avec une croix templière argentée sur le col. Ils dirigent une commanderie (soit entre 10 et 70 personnes). Ils sont élus parmi les chevaliers de leur région.

Les Chevaliers (à vie), complet blanc liseré de rouge avec une croix templière rouge sur le col, ils constituent le "noyau dur" des membres des Templiers, ce sont les membres actifs qui effectuent les missions les plus périlleuses que l’Ordre pourra leur confier à toute heure.

Les Frères d’Armes (à vie) : sont vêtus d'un complet blanc liseré de bleu turquoise avec une croix templière assortie sur le col, ils forment le "Service Action" de l’Ordre. Constitués en commandos d’intervention de 4 à 12 hommes, ils sont super entraînés et équipés pour des actions ciblées partout dans le monde et dans n’importe quelle circonstance.
Tous n’ont pas la Vraie Foi accolée à leur tunique et sont menés par un Chevalier lorsqu’il y a risque de tomber sur "un ennemi surnaturel". Dans le cas contraire, ils sont menés par un Sergent d’Armes (idem, mais liserés bleu roi). Ils peuvent devenir chevaliers après 5 ans de service méritoire, sur proposition express du Commandeur et sur vote des Chevaliers de leur commanderie d'origine.

Les Frères de Métiers (à vie), complet blanc liseré de vert émeraude avec une croix templière assortie, ils constituent les forces passives des Templiers et près des deux tiers des effectifs existants.
Ce sont eux qui par leur travail fournissent financement et outils à l'ordre monastique et militaire. Ce sont pour la plupart d'entre eux des juristes et financiers avisés, chargés de gérer les gigantesques biens et avoirs que détient l’Ordre dans le monde entier
Ils peuvent devenir chevaliers après 5 ans de service méritoire, sur proposition du Commandeur et sur vote des Chevaliers de leur commanderie.

Les Membres honoraires : Ce sont des individus talentueux qui ont prouvé leur valeur et leur utilité à l’Ordre qui peut faire appel à eux pour un soutien le plus souvent financier.
Ils ne sont pas soumis à la hiérarchie stricte du Temple et sont parrainés par un Templier qui leur sert de contact avec l’Ordre et doit être au minimum Chevalier.
Ils peuvent se rendre au Chapitre annuel de leur commanderie et portent alors un, complet blanc liseré de noir avec une croix templière (ou tout autre symbole de leur choix) assortie sur le col.

Les Novices (formation de 2 ans), complet gris liseré de noir avec une croix templière assortie sur le col, ce sont les futurs membres, ils deviendront Frères d’Armes ou de Métier après une formation de 2 ans minimum.

L’état-major du Temple se décline comme suit :

• Le Maître de l’Ordre : assimilé à un Abbé ou, plutôt, à un souverain. Il ne peut prendre aucune décision sans l’accord du Chapitre.
• Le Sénéchal de l’Ordre : il détient le sceau de l’Ordre.
• Le Maréchal : Chef militaire et responsable de la discipline.
• Le Commandeur de la Terre et du Royaume de Jérusalem : Trésorier du Temple et Chef de la marine.
• Le Commandeur de Tripoli et d’Antioche.
• Le Drapier : Intendant des fournitures de l’Ordre.
• Le Turcopolier.
• Le Sous-Maréchal.
• Le Gonfanonier.
• Le Commandeur de Jérusalem : Gardien des pèlerins, de la Sainte-Croix et Ambassadeur de l’Ordre.

Le Maître du Temple, qui ne sera que tardivement appelé Grand Maître, a l’autorité d’un chef suprême, mais il ne peut prendre une décision qu’après consultation du Chapitre.
Il ne peut donner ou prêter les biens de l’Ordre et ne peut commencer ou finir une guerre. En fait, le Grand-Maître fait figure d’un Président, soumis au contrôle par le Chapitre. Il doit d’ailleurs se conformer obligatoirement aux décisions de ce dernier.
« Tous les Frères doivent obéir au Maître et le Maître doit obéir à son Convent. » (Statuts hiérarchiques).
Au décès du Maître, les fonctions sont assurées d'office par le Maréchal qui convoque tous les dignitaires de l’Ordre. Ceux-ci désignent le Grand Commandeur qui fera fonction jusqu’à l’élection du nouveau Maître. Le Grand Commandeur forme un conseil restreint qui fixe le jour de l’élection. Ce jour, il rassemble un Chapitre restreint qui choisit trois frères dont l’un est nommé Commandeur de l’Élection. Le Chapitre lui choisit ensuite un adjoint.
Le Commandeur de l’Élection et son adjoint se retirent à la chapelle où ils prient jusqu’au lever du soleil.
Au matin, le Commandeur de l’Élection et son adjoint désignent donc deux autres Frères. Ils élisent alors deux autres Frères et ainsi de suite jusqu’au nombre de 12 (en rappel des Apôtres) puis un treizième qui doit être un chapelain de l’Ordre.
Parmi ce Chapitre, il doit y avoir 8 Chevaliers et 4 Sergents. Les treize électeurs se retirent et quand l’accord semble se faire sur deux noms, le Commandeur met aux voix et c’est celui qui recueille la majorité qui est désigné en tant que nouveau Maître de l’Ordre.
Le reste des membres du Temple se répartissent de la manière suivante : les Chevaliers,les Écuyers, les Sergents, les Chapelains et les Frères de Métiers.
De plus, on compte trois catégories de personnes qui font un service d’une durée déterminée dans l’Ordre : les Chevaliers clients, les Écuyers clients et les Turcopoles...
En automne 1127, muni de lettres de recommandations du roi, Hugues de Payns débarque à Rome, obtient audience auprès du pape qui hésite. Incapable de trancher, il renvoie Hugues devant une autre instance : un concile provincial réuni à Troyes, qui est sous la surveillance d’un légat pontifical et de l’abbé de Clairvaux. Le 13 Janvier 1128 : 2 archevêques, 8 évêques, 8 abbés cisterciens (dont Clairvaux) et plusieurs hauts seigneurs français examinent la demande.
Hugues de Payns expose une ébauche de règles déjà appliquées par les frères. Le patriarche de Jérusalem de l’époque est Etienne.
Le concile approuve la fondation de l’ordre et charge Clairvaux de rédiger la règle (qui s’appuiera sur sa propre expérience de la règle bénédictine).



LA REGLE DE L'ORDRE DU TEMPLE

Les 8 premiers articles de cette règle constituent le prologue. Les articles 9 à 16 traitent des devoirs des templiers : prières toutes les heures s’il ne peut aller à la messe par exemple.
Les articles 17 à 23 imposent la vêture : robe unie noire ou grise ou blanche, manteau blanc, croix rouge.
Les articles 24 à 30 traitent des repas : silence durant ceux-ci, jeûne le Vendredi et samedi saint (à l'exception pour les blessés et malades). Ils font "maigre" le lundi, mercredi et samedi.
Les articles 31 à 44 imposent le silence, l’obéissance absolue au grand Maître, interdisent de quitter la maison sans permission sauf pour les veillées nocturnes du Saint-Sépulcre (il faut toutefois être par 2).
Les articles 45 à 50 indiquent les pénitences en cas de fautes. Cela va du simple avertissement privé ou public à l’expulsion de l’Ordre.
Le reste contient diverses recommandations et interdictions : ne pas frapper son valet d’armes, ne pas user d’armes ornées d’or ou d’argent, ni d’harnachements de ce type ; ne plus chasser sauf des lions, ne pas accepter d’être parrain, ne pas recevoir de femmes dans les maisons de l’Ordre, éviter le moindre contact physique même un baiser sur la joue de sa mère ou de sa soeur.
Une fois l’approbation du concile, Hugues de Payns et d’autres font une tournée de prospection pour recruter et obtenir une aide matérielle. En Angleterre, c’est un tel succès qu’il peut fonder une nouvelle « province » ce qui équivaut à une branche de l’Ordre.
Le comte Raymond Roger de Barcelone demande son admission.
Le roi d’Aragon Alphonse, qui n’a pas d’enfants, lègue à l’Ordre un tiers de son royaume (les 2 autres tiers vont aux hospitaliers et aux chanoines du Saint-Sépulcre).
Même les excommuniés peuvent être reçus à titre de pénitents.

La discipline de l’Ordre

L'Ordre du Temple est administré par une discipline très stricte. Les sanctions pouvant être très sévères, trois types de fautes existent au sein de l'Ordre :

Les Fautes légères : qui peuvent entraîner des pénitences diverses et plus ou moins prolongées, des tâches particulières d’intérêt collectif. Le but n’est pas d’humilier le fautif, mais de l’amener à se repentir.
En général un repenti est accueilli par ces pairs à la fin de sa pénitence par une cérémonie spéciale dite du ‘‘meilleur retour’’ au cours de laquelle certains relâchements de discipline (alcool et musique notamment) sont tolérés.

Les Fautes graves : telles que la simonie (vente d'objet saint), la lâcheté, l'hérésie, la trahison du secret, le meurtre d'un innocent. Ce type de déviance peut entraîner l'exclusion de l'Ordre.
De plus, le coupable doit se retirer dans une abbaye Cistercienne, sans liaisons avec l'extérieur (il y sera étroitement surveillé) ou choisir d'être emprisonné à vie (pour ne pas divulguer les secrets de l'Ordre) !

Les Fautes capitales : elles englobent toute relation ou complicité, même passive, avec les ennemis déclarés de l’Ordre. Une seule sanction prévue: la mort. Seul le Maître peut la prononcer après vote majoritaire des Commandeurs.
Il doit en prendre la responsabilité, en choisir les modalités (le plus souvent une balle dans la nuque) et l’appliquer personnellement.
Cette sanction est très rare et tend à disparaître...
Le trousseau des chevaliers se compose de deux chemises, deux paires de chausses, deux braies, d’un justaucorps, d’une pelisse, d’une chape, de deux manteaux, d’une tunique et d’une large ceinture de cuir.
À ces vêtements, s’ajoutent deux serviettes : une pour la table la deuxième pour la toilette.
Le trousseau militaire comprend : un haubert, une paire de chausses de fer, un chapeau de fer, un heaume, des souliers et une cotte d’arme. L’armement réside en une épée, une lance et un écu.
Outre leurs occupations civiles et du service militaire, leur existence est comparable à celle de moines.
Quand sonne les matines, les templiers se rendent à la chapelle où ils doivent dire 13 paters pour Notre-Dame et 13 pour le saint du jour.
Après ces matines, ils doivent se rendre aux écuries.
Ensuite, les chevaliers se rendent à nouveau à la messe. Les Templiers ne peuvent pas manger sans avoir entendu ou récité 60 paters.
Avant les repas, on récite le bénédicité et un pater. Les grâces à la chapelle au sortir du réfectoire, puis durant les vêpres, les heures de none et complies.
Chacune de ces heures s’accompagne de 13 ou 18 paters. À cela s’ajoute toute la panoplie d'obligations édictées lors des fêtes catholiques... À la tombée de la nuit, les frères prennent une collation puis se rendent à la chapelle.

Liste des Grands-Maîtres

Attention, la liste donnée ici est indicative et n’est qu’une des nombreuses listes émises par des historiens. En effet, il semble que les historiens ne soient pas d’accord quant au nombre et aux noms des grands maîtres de l’Ordre...
1. Hugues de Payens 1129-1137
2. Robert de Craon
3. Evrard des Barres
4. Bernard de Tramelay
5. André de Montbard
6. Bertrand de Blanquefort
7. Philippe de Milly
8. Eudes de Saint-Amand
9. Arnaud de Toroge
10. Gérard de Riddeford
11. Robert IV de Sablé
12. Gilbert Hérail
13. Philippe du Plaissis
14. Guillaume de Chartres
15. Pierre de Montaigu
16. Armand de Périgord
17. Richard de Bures
18. Guillaume de Saunhac
19. Renaud de Vichiers
20. Thomas Béraud
21. Guillaume de Beaujeu
22. Thibaud Gaudin
23. Jacques de Molay

FINANCES

Les Templiers ont eu à leur charge le trésor des rois de France, tel que Philippe Auguste, Saint Louis et Philippe Le Bel . Ils inspirent une grande confiance et attirent donc en masse les moyens financiers de l'époque. C'est eux qui ont inventé le chèque, et ils créent un système efficace de comptes courants. Enfin, ils instituent des lettres de change, ce qui facilite les voyages des pèlerins car ces derniers ont peur d'emporter avec eux le peu d'argent qu'ils détiennent. Par conséquent, ils laissent leurs biens en Europe, contre quoi les Templiers leur donnent une lettre de change. Débarqués en Terre Sainte, ils présentent leur lettre de change dans une commanderie templière et les Templiers leur rendent leur monnaie.

A titre d'exemple, Les templiers se sont vus confier la gestion du trésor royal de Louis VII car à juste titre, ils font preuve de compétence au regard de leur instruction.
Dans cet échiquier bien huilé, le trésorier de l’ordre se positionne à Jérusalem, Acre puis à Chypre, autrement dit toujours sur le front...
Jacques de Molay s’est efforcé d’organiser des opérations combinées avec les Mongols. 1299 : le chapitre de l’Ordre se tient à Paris.
Voyageant en occident de 1293 à 1296, Jacques de Molay s’est démené pour obtenir des rois d’Angleterre, d’Aragon et de Sicile, l’autorisation d’exporter sans payer de droits.
Le 12 Jan. 1295 : Charles II accorde au Maître que les templiers puissent exporter certaines quantités de marchandises sans droits de sortie additionnels.
Le temple prête de l’argent, mais pas seulement en Occident : il le fait aussi en Terre sainte. Mais comme, il ne dispose pas toujours des liquidités suffisantes pour financer les prêts qu’il consent: il emprunte pour prêter à Louis VII en 1148 par exemple.
L’économie en ces temps troublés, souffre forcément de la rareté des espèces monétaires et seule une circulation rapide des espèces peut pallier ce manque. Pour parer la gêne de la situation, on multiplie les transferts, et ce, sans transferts de pièces.
Ce transfert (portage) est périlleux, mais l'Ordre assure ces nécessaires transferts de fonds en espèces pour leur compte ou pour les rois, les papes et particuliers.